EN TÊTE-À-TÊTE AVEC RÉJANE ÉREAU

1172

PAR CARINE ANSELME

« La vie ne naît pas simplement de paramètres mécaniques, mais de la totalité de nos êtres »

La médecine occidentale avait dit à Réjane Éreau qu’elle n’aurait jamais d’enfant. Huit mois plus tard, elle est enceinte… Dans un livre inspirant et décomplexant, elle raconte son parcours, ponctué par la rencontre avec l’ayurveda, mais aussi avec d’autres femmes, avec des spécialistes de la fertilité, des thérapeutes et des praticiens en approches alternatives.
Une odyssée au cœur de la magie de la vie.

Quel est le principal enseignement que vous retirez de votre parcours ?

Ce voyage initiatique m’a enseigné la complexité de l’être humain. Jusque là, j’avais une vie assez mécanique. Cette histoire m’a ouvert un monde d’énergie, à la jonction du corps et de l’esprit. Le fait d’être confrontée à l’infertilité m’a permis de « rentrer » dans mon corps, dans ses fonctions à la fois très primales et très spirituelles. J’ai découvert que la volonté n’a rien à voir avec la force de vie. Cette dernière ne naît pas simplement de paramètres mécaniques, mais de la totalité de nos êtres.

Et que vous a apporté le fait de relater dans ce livre votre expérience, étayée par une enquête fouillée ?

Ce livre m’a permis de conscientiser beaucoup de choses, au-delà même de mon histoire. Notamment l’importance de la prise de parole, car il subsiste un gros tabou autour de l’infertilité. Entre autres, dans ce que vivent les femmes confrontées, souvent avec violence, au monde médical, au parcours médicalisé. Pour ces femmes, parler s’est révélé libératoire, car généralement elles gardent cette souffrance pour elles. Il y a encore une forte pression de la société, quasi une injonction sociale à être mère. Dès lors, en cas d’infécondité, il est souvent difficile de se sentir une « vraie » femme. Ce qui rajoute une couche de culpabilité. Durant huit ans, j’ai vécu cette nécessité de devoir me justifier sans cesse de ne pas être mère. Écrire en partant de mon vécu a permis de décomplexer ce sujet, véritable phénomène de société (l’infécondité croît de manière spectaculaire).

Votre livre pose, plus largement, la question du féminin dans notre société…

Oui, et je rejoins totalement ce combat légitime d’obtenir pour les femmes la même liberté que les hommes. Mais, ne nous sommes-nous pas trompées en devenant des « petits mecs » – avec un rapport au monde très masculin (dans cette qualité d’énergie propre au masculin) ? Ce parcours m’a invitée à interroger la place que nous laissons, dans notre société, aux valeurs féminines : l’accueil, la réceptivité, le fait de prendre le temps… On nous vend la douceur d’être maman, à l’image des pubs pour adoucissants. Mais, en tant que mères, nous sommes aussi des louves, en contact avec l’instinct primal. Il faut accepter que l’enfant prenne de la place ; s’ouvrir à une forme de lenteur, d’accueil. Cette douceur-là s’apparente à une puissance ! Et ça ne nous diminue pas, en tant que femmes. Au contraire, cela peut être une source de (r)évolution intérieure.

C’est d’ailleurs à ce questionnement que vous invite Sambhu Pillai, ce médecin ayurvédique que vous consultez dans le Sud de l’Inde, quand il vous dit : « Si tu veux un bébé, fais-lui une place. »

Au vu de mon parcours (Réjane est journaliste en presse écrite et audiovisuelle, récompensée par l’ONU pour son travail sur les questions de diversité culturelle, NDLR), je pensais en effet contrôler toutes les manettes de mon existence et pouvoir la planifier comme bon me semblerait. Ce diagnostic d’infertilité m’a donc amenée à nettoyer mes émotions, à remettre en question mes priorités, à interroger mon transgénérationnel. Parfois, l’écart entre ce que nous désirons et ce que nous redoutons a l’épaisseur d’un cil. Dans mon schéma inconscient, être mère véhiculait une image un peu « gnangnan »… Comme pléthore de filles de ma génération, urbaines, diplômées, indépendantes, je ne pouvais m’empêcher de redouter, dans un coin brumeux de mon mental, qu’un bébé soit synonyme de renoncement et d’assignation à résidence. Au cœur de ces tiraillements : la peur. Peur de se tromper, de ne pas y arriver, d’accoucher, de se perdre, etc. J’étais dans un réflexe de maîtrise et de performance, plutôt que d’accueil et de confiance.

Parmi les rencontres qui ont émaillé votre parcours, quelle est celle qui a véritablement fait basculer votre vision de la « mère » ?

C’est ma rencontre avec Amma (« Mère » en hindi), cette Indienne qui parcourt le monde pour donner le « darshan » (sous forme d’une étreinte). Moi qui voyais l’archétype maternel comme une femme soumise cantonnée à la maison, rencontrer cette mère-là, qui irradie de présence et se trouve à la tête d’un empire caritatif (orphelinats, écoles, hôpitaux, logements sociaux, aide aux femmes micro-entrepreneuses, etc.), a radicalement changé ma vision de la maternité. Amma n’est pas que « machine à câlins » : elle est souffle de vie. Une mère, oui, au sens Pachamama du terme : solide, tellurique, qui porte le monde, le nourrit et lui impulse son élan. Je me suis dit : « Tiens, c’est ça aussi être mère ?! Ça, je trouve intéressant.» (Rires)

Avec le recul, pensez-vous que votre grossesse « miraculeuse » est liée à votre rencontre avec la médecine traditionnelle indienne ?

Je ne peux pas dire avec certitude ce qui s’est « ouvert » durant cette période. Hasard ou nécessité, ma rencontre avec cette médecine est peut-être arrivée à point nommé, au moment où mon être était prêt à s’engager dans un nouveau cycle. En tout cas, ce cheminement a changé mon rapport au monde intuitif. La cure ayurvédique a magnifié ça, en ce sens qu’elle a favorisé un état d’équilibre (des énergies), de réceptivité et d’ouverture. Indéniablement, l’Ayurveda a ouvert une porte, mais je ne crois pas que ce soit la cure qui a fait venir mon fils. Elle a plutôt réveillé une énergie de vie en moi et aiguisé ma vigilance sensorielle. Tout est devenu « signe ». Ce qui m’a permis de voir les perches qui m’étaient tendues. En étant dans ce jaillissement, cette primalité de la vie, cette dernière « pétille ».

Vous soulignez également, dans votre livre, la puissance du rituel qui a bercé votre cure ayurvédique…

Les gestes qui accompagnent tout rituel créent une ouverture de conscience ; dans ce cas-ci, les mains jointes de la masseuse, ses prières, le bâton d’encens, la flamme d’une bougie, etc. Bercée par tout cela, je changeais d’état de conscience et je pénétrais dans un autre espace-temps. Telle est la force du rituel : mettre en condition, créer un cadre favorable pour rendre suffisamment perméable et devenir disponible à un autre souffle. Le rituel, c’est l’intention mise en geste dans la matière.

Que signifie Sonam, le prénom de votre fils ?

En sanskrit, cela signifie « the gifted » – celui qui a reçu un don, le chanceux. Nous pensions à un prénom plus classique, mais celui-là résonnait tellement fort ; en écho à son histoire, en hommage aussi à l’Inde. C’est lors d’un voyage au Ladakh que j’ai senti que j’étais prête, que cet enfant arrivait (ce prénom est courant dans la chaîne himalayenne). Sonam évoque également la vibration du mantra « So Ham » (Je suis cela). Et des amis ont attiré notre attention sur le fait que l’on entend : « Son âme ». C’est pas mal, non, pour un enfant dont la naissance est un peu miraculeuse !? Ce livre, c’est aussi son livre.

un chemin inspirant au couer de la naissance : de l'infertilité à la fertilité
Le livre « Un Bébé enfin ! » de Réjane Ereau

 

 

 

 

 

 

 

 

MATIÈRE À RÉFLEXION

Pratique pour vous soulager avec l’énergie de votre cœur/péricarde

« La voie n’est pas dans le ciel. La voie est dans le cœur », affirmait le Bouddha. En libérant le péricarde, on (se) libère aussi des peurs qui obscurcissent le cœur et nos élans de vie. Fabienne Weber nous confie un exercice à pratiquer dans les situations du quotidien qui nous perturbent. La clé est de donner un coup de péricarde. Comment ? « Dégagez les épaules vers l’arrière et bombez la partie du torse qui se trouve entre les deux seins. Donnez ensuite une petite secousse (comme si vous aviez une miette à faire tomber, sans l’aide des mains). Et, en même temps, portez votre attention sur une zone douloureuse ou tendue de votre corps ; vous reconnaissez la zone et vous envoyez un coup de péricarde. Les deux étapes se font en même temps. Concluez en disant « Merci » trois fois. Lorsque nous disons ce mot puissant, on sent que tout s’ouvre ! Donner un coup de péricarde, c’est envoyer des rayons d’énergie qui émanent de votre cœur, votre essence de vie, avec une direction – vers votre objectif. Il s’agit juste d’être présent et de porter votre attention, plus qu’une intention. »

(1) À lire : Un bébé, enfin ! De l’infertilité à la maternité : un chemin inspirant au cœur de la naissance, Réjane Éreau, Préface Laurent Gounelle (Guy Trédaniel, 2016).