Le message est clair, il faut ralentir. Oui, mais après, qu’est-ce qu’on fait ?

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Marc Lemaire

Par Lucie Hage

Marc Lemaire a créé le bureau d’études EcoRes qui conseille les entreprises et les pouvoirs publics dans leur stratégie d’économie circulaire. Il a aussi créé GroupOne, qui accompagne les porteurs de projets à impact social et écologique positif (7.000 entreprises coachées en plus de 20 ans !). En 2018, il a fondé la coalition Kaya, groupement des entreprises de la transition écologique (dont fait partie BIOTEMPO !). qui a ficelé un excellent plaidoyer « pour une économie régénérative », destiné aux politiques.

Quelle est votre intuition par rapport aux prochains mois ?

« Je pense qu’on n’est pas sortis de l’auberge car même si le confinement est levé, selon moi pas avant juin, beaucoup de gens ne voudront pas prendre de risque et reprendre le travail. Et puis lever le confinement ne signifie pas que les frontières vont rouvrir pour autant. Mais pour moi, c’est un mal nécessaire. Ce petit virus veut nous dire quelque chose, il est plus fort et plus intelligent que nous, nous devons l’écouter. »

Quel est le message du Covid-19 selon vous ?

« RALENTISSEZ ! Ce qui va vous permettre de vous reconnecter à votre vie intérieure et c’est selon moi le seul moyen de trouver le bonheur en dehors de la consommation et donc de l’exploitation du vivant. Car c’est bien ça le vrai problème : nous exploitons, torturons, n’avons aucun respect pour le vivant. Ce pangolin d’où proviendrait le virus en est le symbole. Le vrai bonheur c’est l’amour, le contact humain, la sérotonine, hormone lente et continue. Alors que l’on nous fait croire que le bonheur c’est la dopamine, hormone puissante mais éphémère. »

Quelles sont les valeurs à garder, à développer ?

« La simplicité en toute chose, c’est ma valeur préférée. Cela veut dire, par exemple, éviter de prendre l’avion, acheter moins pour posséder moins, prendre le plus possible son vélo plutôt que sa voiture. C’est aussi reconnaître et refuser la malbouffe pour revenir au plaisir de la frugalité et cuisiner des  aliments frais, locaux et de saison.

Deuxième valeur indispensable à notre survie : la solidarité. Et elle devient possible et facile quand on échappe au sentiment de peur qui nous pousse à nous recroqueviller sur nous-mêmes et à acheter trop de pâtes ou de papier toilette! Pour éviter la peur, on doit passer d’abord par une phase d’acceptation. Oui, on a peur, c’est normal. Ensuite, on se reconnecte à l’amour et on passe au stade supérieur : l’empathie et l’action. »

Une fois qu’on aura repris notre vie normale, que doit-on refuser de toutes nos forces ?

« Laisser les autres réfléchir pour nous. Que ce soit le gouvernement ou Amazon. On doit prendre position pour changer le système. La mondialisation, outil inventé par le néo-libéralisme pour créer de la croissance, est seulement économique. Elle ne s’est pas accompagnée d’une mondialisation politique, sociale, sanitaire ou climatique. Dès qu’il y aura un grain de sable – et cette pandémie en est un – le château de cartes s’écroulera. Notre monde actuel n’est pas résilient. C’est un colosse aux pieds d’argile. »

Vous qui êtes proche de la sphère politique, quelle est leur approche de la relance économique ?

« La coalition Kaya discute beaucoup avec les politiques, en effet. On a contacté les gens qui font partie du groupe de relance économique du fédéral mis en place au début de la crise et on leur a proposé des plans de relance alternatifs : démondialisation, circuit court, transition écologique. Malheureusement, ils ne veulent pas en entendre parler. Une quelconque décroissance n’est pas audible pour eux. Leur plan : refaire consommer les gens et plutôt deux fois qu’une. Mais nous gardons espoir. On doit leur parler dans leur langue, en s’appuyant d’abord sur le Green Deal européen qui dit que l’on doit « décarboner » l’économie d’ici 2050. C’est utopiste mais au moins c’est une base, et là-dessus, ils ne peuvent pas faire l’autruche, ils ont tous signé ! Dans son plaidoyer, Kaya propose une fiscalité verte par exemple. Nous y croyons beaucoup et notre résistance invisible y travaille. »

BIOTEMPO ! soutient Kaya !

Pour signer le plaidoyer de la coalition Kaya, allez sur www.groupone.be et cliquez sur « blog ». Infos EcoRes : www.ecores.eu