Les champignons médicinaux

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Alors que depuis la nuit des temps les plantes sont employées par l’homme comme d’efficaces moyens de se soigner de divers maux, les champignons, eux, ne l’ont que fort peu été. Ils semblent aujourd’hui promis à un bel avenir en ce domaine !

Par François Couplan

Un champignon, pourtant, a contribué depuis des millénaires à alléger les souffrances de l’humanité souffrante : l’amadouvier est déjà évoqué dans un texte d’Hippocrate datant de 2 500 ans. Ce champignon poussant sur le tronc des hêtres, des peupliers et de quelques autres essences, possède sous l’écorce de son chapeau une couche brune d’une étonnante texture cotonneuse, connue pour transformer les étincelles en braise. L’amadou formait donc une partie essentielle des anciens briquets. En 1750, le médecin Silvain Brossard proposa à l’Académie Royale de chirurgie un nouveau moyen permettant d’arrêter les hémorragies des blessures grâce à l’amadou. Il fut récompensé l’année suivante par Louis XV pour sa découverte. En fait, en médecine populaire, l’amadou était utilisé depuis longtemps dans ce but. De la même façon, diverses vesses-de-loup servaient dans les campagnes à cicatriser les plaies. Cet usage se retrouve d’ailleurs chez les Indiens d’Amérique du Nord. Ces curieux champignons, souvent comestibles dans leur tendre jeunesse, deviennent secs à maturité et libèrent une multitude de spores microscopiques nées d’un tissu semblable à une ouate brune que l’on appliquait sur les blessures. Les barbiers badigeonnaient de la poudre impalpable des spores le menton de leurs clients qu’ils avaient égratignés au cours de leur travail. La peau prend alors une douceur extrême… et une belle couleur marron.

Amadou
Vesses-de-loup

Shiitake

Polysaccharides fongiques

Le lentinane fait partie du vaste groupe des polysaccharides, de longues chaînes de glucides extrêmement répandues dans le monde du vivant. Les glycanes en sont des formes particulières composées de sucres simples ou « oses ». Ceux que l’on trouve dans les champignons ont aujourd’hui le vent en poupe dans la recherche et les études les concernant se multiplient de façon exponentielle. Certaines ont démontré une capacité réelle de potentialiser la réponse immunitaire spécifique et non spécifique en activant les cellules impliquées (macrophages, monocytes, neutrophiles, etc.) et les messagers chimiques (cytokines, interférons, etc.). En revanche, si les activités antitumorales d’un grand nombre de ces polysaccharides fongiques semblent bien établies dans les faits, leur mode d’action précis n’a pas encore pu être élucidé.

Reishi

Shiitake & lentinane

En Asie orientale, l’usage médicinal des champignons est également très ancien. Si le shiitake est devenu célèbre avec la mode de la cuisine japonaise où il sert à préparer l’indispensable dashi – le bouillon à tout faire –, il passait déjà pour un remède de longue vie voici près de 2 000 ans. Les études récentes entreprises sur ce champignon largement cultivé au Japon et depuis peu en Occident tendraient à valider cette constatation générale en y apportant des précisions. Parmi les très nombreuses molécules qu’il contient, le lentinane a montré des propriétés stimulantes du système immunitaire et capables de bloquer la prolifération des cellules cancéreuses. On l’utilise d’ailleurs depuis 1965 dans l’archipel nippon comme adjuvant dans le traitement du cancer de l’estomac. Les données cliniques démontrant formellement l’action du lentinane ne sont cependant pas suffisantes, à l’heure actuelle, pour qu’il soit accepté par la médecine officielle.

Essais cliniques

Outre le lentinane du shiitake, plusieurs de ces substances ont été soumises à des essais cliniques poussés au Japon et en Chine, puis aux États-Unis. Il s’agit principalement du schizophyllane du Schizophyllum commune, des polysaccharides-peptides (PSP) et polysaccharides-K (PSK) du Trametes versicolor et du griffone-D de la Grifola frondosa. On a pu mettre en évidence des améliorations significatives dans la qualité de vie et la survie des patients à qui ils ont été administrés. Et de ce fait, ils sont de plus en plus souvent prescrits, du moins en Asie orientale, en complément des radio- et chimiothérapies dont ils tendraient à réduire les effets secondaires indésirables. Il semble que des mélanges d’extraits de différents champignons médicinaux fassent preuve d’actions conjuguées et présentent donc un intérêt sensible, même en cas de cancers avancés.

Le reishi fait baisser la tension

Le plus célèbre de tous est certainement le reishi. Il en est dit que la médecine traditionnelle chinoise l’utilise depuis plus de 4 000 ans et qu’il était réservé aux nobles et à l’empereur. Il figure sur d’anciennes gravures en Chine, en Corée et au Japon d’où provient le terme communément employé pour le désigner en Occident. Le reishi passe pour être, à l’instar du ginseng, doué de vertus adaptogènes et à protéger d’une façon générale le bon fonctionnement de l’organisme dont il retarderait le vieillissement. Les principes actifs que l’on y a identifiés sont en particulier des triterpènes dont on a pu vérifier l’efficacité pour faire baisser la tension, diminuer le taux de cholestérol LDL et réduire les tendances allergiques. Des extraits de ce champignon sont traditionnellement prescrits dans une multitude de maux divers allant de l’insomnie à la bronchite, à l’asthme et à l’hypertension.

Cèpe de Bordeaux & microcirculation

Quant aux champignons comestibles de nos bois, ils ne sont pas, pour certains d’entre eux du moins, dépourvus d’intéressantes propriétés. La commune chanterelle (Cantharellus cibarius), prise sous forme d’extrait, pourrait bloquer la croissance d’Escherichia coli, qui provoque gastro-entérites et infections urinaires. L’armillaire couleur de miel (Armillaria mellea) combattrait l’épilepsie, l’hydne hérisson (Hiericium erinaceus) inhiberait la bactérie Helicobacter pylori, responsable d’ulcères de l’estomac, le pleurote du panicaut (Pleurotus eryngii) réduirait fortement le taux de cholestérol indésirable, de même que le classique champignon de Paris (Agaricus bisporus). Et le succulent cèpe de Bordeaux (Boletus edulis) agirait favorablement sur la microcirculation cérébrale favorisant ainsi une bonne irrigation du cerveau. Il serait toutefois imprudent de se lancer dans une consommation immodérée de champignons, connus pour accumuler radioactivité et métaux lourds.

chanterelle (Cantharellus cibarius)

Si ces curieux organismes, de plus en plus souvent cultivés pour leurs vertus, ne sont sans doute pas les panacées auxquelles on aimerait parfois croire, leur intérêt pour la santé n’est en tout cas pas négligeable et, utilisés à bon escient, ils peuvent certainement nous rendre plus agréable la vie sur terre.

Pourquoi les champignons sont-ils médicinaux ?

Comme tout le monde, les champignons font deux choses essentielles au cours de leur vie : ils se nourrissent pour croître et se reproduisent afin de s’assurer une descendance. Et ils ont pour cela élaboré une multitude de stratégies, généralement tout à fait efficaces. Mais ils ne font pas que ça : véritables usines chimiques discrètes et omniprésentes, ils fabriquent des myriades de molécules en tous genres, qui ne leur sont pas nécessairement utiles, mais dont certaines possèdent d’intéressantes propriétés qui peuvent nous rendre service. Si l’on n’a aujourd’hui répertorié qu’environ 150 000 espèces de champignons, on suppose que le nombre réel des espèces fongiques (c’est un joli terme pour dire « de champignons ») avoisinerait plutôt les 5 000 000… Attention, la plupart d’entre elles ne ressemblent pas aux morilles ou aux cèpes, mais sont de petits organismes invisibles à l’œil nu formant des masses gélatineuses ou de minces filaments, les « hyphes ». Ce que nous nommons couramment « champignons » sont les organes reproducteurs de quelques espèces particulières, selon les cas comestibles, toxiques ou douées de vertus médicinales.

Des champignons poussant sur le bois…

Nombre de champignons médicinaux poussent sur les arbres, vivants ou parfois morts. À part le shiitake, tous se rencontrent en Europe comme en Asie.

L’amadouvier (Fomes fomentarius) forme de grosses excroissances grises sur les troncs de divers feuillus. La forme de son chapeau épais d’une vingtaine de centimètres d’épaisseur évoque celle d’un sabot de cheval, gravé de sillons concentriques. Sa face inférieure d’un gris clair est percée d’innombrables petits pores.

Amadouvier
Shiitake

Le shiitake (Lentinula edodes) présente un chapeau convexe et charnu, d’un brun-roux, parsemé de mèches blanches et de fibrilles. Il porte des lamelles serrées d’un beige clair et dégage une odeur agréable. Le pied cylindrique est coriace – on en rejette la base lorsqu’on consomme le champignon.

Le Schizophyllum commune est un petit champignon poussant sur le bois mort. Son chapeau blanc, qui ne dépasse guère 4 cm, a une forme en éventail, souvent lobé ou imbriqué. Son pied est très court, voire inexistant. Les lames, peu serrées ont une couleur ocre.

Schizophyllum
Trametes versicolor

Le Trametes versicolor est un curieux champignon en forme de tuiles superposées, formées de bandes colorées qui lui donnent un aspect remarquable. Son chapeau est mine et ligneux, très coriace.

La Grifola frondosa est connue sous le nom de polypore des bois et donnée comme un bon comestible. C’est cependant au Japon où, sous le nom de maitaké, elle est, de loin, le plus appréciée, et où elle atteint des prix faramineux. Sa fructification forme une masse pouvant atteindre une cinquantaine de centimètres de diamètre. Elle est formée de nombreux chapeaux gris portés par autant de pieds blancs. Sa chair blanche est un peu fibreuse.

Grifola frondosa
reishi

 Le reishi (Ganoderma lucidum) est un curieux champignon dur comme du bois, dont le chapeau semi-circulaire, fixé sur un pied dressé, est recouvert d’une couche cornée brillante d’un joli brun rougeâtre qui le fait paraître laqué.

François Couplan organise des stages de découverte des plantes sauvages comestibles et médicinales, ainsi qu’une formation complète sur trois ans. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur les plantes et la nature. Pour obtenir tout renseignement et s’inscrire à sa lettre d’information gratuite : www.couplan.com