PROMOUVOIR L’AGRO-ÉCOLOGIE, UNE ÉVIDENCE

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Entretien avec Philippe Baret, Docteur en Agronomie, Doyen à la Faculté de bioingénieurs de l’UCL et Président de SOS Faim.

Par Anne Gillet

Pourquoi est-il important de soutenir l’agro-écologie ?

L’agro-écologie s’est construite sur la critique d’un modèle basé sur une exploitation de la nature et qui allait jusqu’à une utilisation massive de pesticides, d’intrants, d’alimentation animale importée, etc. On s’est rendu compte que ce modèle était à la fois dommageable pour l’environnement, pour la santé des humains et pour le bien-être des agriculteurs. C’est un modèle alternatif qui a débuté dans les années 80, et qui s’est intensifié avec les années 2000. L’agro-écologie vise à de nouvelles pratiques, donc, de nouvelles façons de se comporter vis-à-vis de la nature. Il ne s’agit plus de contrôler la nature, mais de collaborer avec elle. Et ces nouvelles pratiques ne peuvent se mettre en place que s’il y a un nouveau statut de l’agriculteur. L’agriculteur n’est plus simplement un producteur inscrit dans une logique où la plupart des règles sont établies au-dessus de lui, dans lequel il n’a pas de pouvoir de décision (sur les prix, par exemple) et où il est dépendant d’un système dominé par l’agro-chimie et  l’agro-alimentaire. Mais il devient un acteur autonome, qui décide lui-même ce qu’il va produire. Et par construction, cela signifie que l’agriculteur va travailler avec le respect de la nature, le respect du consommateur et le respect de son propre bien-être.

Une alternative à l’agriculture industrielle

L’analyse montre que si l’on construit des systèmes sur une logique de synergie ave les mécanismes naturels, ça permet d’économiser des ressources non renouvelables, d’avoir moins d’impact sur le climat, etc.  C’est clairement une alternative à l’agriculture industrielle. Le but n’est plus de produire beaucoup à tout prix, c’est ce qui a fait sortir l’agriculture de la route à partir des année 40, jusqu’aux années 2000. On voulait produire beaucoup et à bas prix, avec les méthodes les plus « efficaces », sans s’inquiéter de l’impact sur la biodiversité et l’environnement et on est rentrés dans une hyper-spécialisation massive  avec la production végétale, en s’appuyant sur les engrais, et les pesticides, et la production animale, en quittant la vie au sol, avec des élevages gigantesques, où l’animal est maltraité.

Quelle différence entre agro-écologie et bio ?

Le bio, c’est la mise en œuvre d’un contrat de confiance entre les agriculteurs et les consommateurs. Ce contrat passe par un règlement qui cadre ce contrat. L’agro-écologie, ce sont des principes: autonomie de l’agriculteur, respect de la nature,  régularisation des cycles, fertilité des sols, etc. qui vont se décliner en pratiques. Pourquoi y-a-t-il une confusion entre les deux ? Parce que les principes de l’agro-écologie, dans beaucoup de cas, conduisent aux mêmes pratiques que la mise en œuvre de la convention consommateur-agriculteur du bio. La complémentarité entre l’agriculture bio et l’agro-écologie, c’est en fait, que l’une est très bonne pour ses chartes de valeurs, avec un apprentissage possible. Et l’autre a plus de vision politique et sociale sur le futur, elle permet de proposer un programme pour tous les agriculteurs, alors que le bio sera plutôt exclusif. Pour moi, il faut qu’on accepte la différence entre les deux pour faire passer leur complémentarité.

Les prairies, l’avenir de nos paysages

Les prairies sont fondamentales dans notre paysage pour trois raisons : elles jouent un rôle essentiel pour la biodiversité, car on n’a pas la même biodiversité en prairie qu’ne forêt. Elles sont essentielles pour nos paysages. Et elles sont essentielles aussi pour la captation du carbone, parce qu’elles sont des puits à carbone. Une des raisons essentielles pour lesquelles il faut soutenir l’élevage respectueux de la nature et de la liberté des animaux, c’est pour maintenir ces prairies. Mais on a déjà perdu un grand pourcentage de nos prairies et si on continue dans la trajectoire actuelle, elles vont continuer à se transformer en forêts de sapins ou en effriche.

Revenir à une production locale

Structurellement, le marché demande qu’on produise de plus en plus de patates congelées pour l’exportation, alors on sait qu’on devra toujours utiliser des pesticides, et on  sait que leur utilisation est toujours en augmentation. Si on décide d’utiliser nos terres pour la culture de céréales, de légumes, et de produits animaux pour l’alimentation locale, on passera à un modèle plus bio. Le problème des pesticides c’est un problème de stratégies agricoles et de savoir si on veut exporter des patates ou si on veut produire pour la consommation locale en se basant sur des modèles d’agro-écologie ou bio qui parlent au consommateur.